Certains enfants reproduisent des gestes observés chez les adultes avant même de savoir parler, tandis que d’autres semblent ignorer les jeux d’imitation jusqu’à l’entrée à l’école. Les recommandations des pédiatres diffèrent parfois de celles des éducateurs de la petite enfance, ce qui complique le choix du bon moment pour proposer ce type d’activité.Des études récentes mettent en lumière des étapes clés du développement qui influencent la capacité à imiter, ainsi que des différences notables selon l’environnement familial. La sélection du jeu d’imitation doit donc s’appuyer sur l’âge mais aussi sur le rythme propre à chaque enfant.
Comprendre les grandes étapes de l’imitation chez l’enfant
Le jeu d’imitation ne se limite pas à occuper les plus jeunes. C’est une étape déterminante qui façonne leur manière d’apprendre. Dès les tout premiers jours, le nourrisson observe son entourage, capte des gestes, puis tente, à sa façon, de les reproduire : un froncement de sourcils, une bouche qui s’ouvre, une main qui s’agite. Cette imitation néonatale met en mouvement ces fameux neurones miroirs : ils transforment chaque adulte présent en modèle, parfois bien malgré lui, qu’il s’agisse de gestes simples ou d’attitudes plus subtiles.
Autour d’un an, l’enfant entre dans la phase de l’imitation directe. Il commence à reproduire les actions qu’il voit, directement face à la personne qui agit. Un exemple courant : un parent remplit un verre d’eau, l’enfant attrape une tasse et s’évertue à faire pareil. Cette étape progresse au rythme de ses capacités motrices et de sa compréhension du monde. Puis, entre 18 et 24 mois, une nouvelle compétence se dessine : l’enfant parvient à imiter même si le modèle n’est plus là, grâce à l’apparition de la pensée symbolique. C’est le moment de l’imitation différée, qui demande à la fois mémoire et imagination : l’enfant se souvient de ce qu’il a vu et le rejoue quand l’envie le prend.
Le jeu d’imitation s’inscrit ensuite dans l’univers du jeu symbolique. L’enfant ne se contente plus de répéter : il s’invente des rôles, imagine des histoires, joue à être quelqu’un d’autre. C’est une nouvelle dimension qui s’ouvre : mémoire, langage et créativité s’entremêlent. Chaque âge apporte son lot de scénarios et d’accessoires, permettant à l’enfant d’explorer son environnement et de mieux se connaître lui-même.
À quel âge proposer les jeux d’imitation et lesquels choisir ?
Les premiers signes d’imitation apparaissent dès la petite enfance : le bébé répond à un sourire, s’agite en réponse à un geste. Entre 18 et 24 mois, la pensée symbolique s’installe et l’enfant devient prêt à expérimenter des jeux plus structurés. C’est le moment idéal pour introduire des jouets d’imitation, qui favorisent à la fois la découverte et l’autonomie.
Pour accompagner cette évolution, plusieurs types de jeux peuvent être proposés, chacun correspondant à une étape du développement :
- Les poupées, dînettes et marionnettes offrent à l’enfant la possibilité de rejouer des situations du quotidien et de s’approprier les gestes des adultes qu’il observe.
- Les cuisines miniatures, stands de marchande, outils de bricolage ou déguisements l’invitent à endosser des rôles variés, à explorer d’autres univers et à se confronter à la vie d’adulte, à sa mesure.
- Les garages, casernes de pompiers ou fermes stimulent l’invention de nouvelles histoires, la création de scénarios complexes et le développement du langage.
Dans les crèches comme à l’école maternelle, ces jeux occupent une place de choix dans les espaces dédiés à l’éveil. À la maison, les moments du quotidien, préparer un repas, ranger le linge, faire semblant de téléphoner, deviennent autant d’occasions pour l’enfant d’imiter les adultes. Les livres, les dessins animés ou les films jeunesse, eux aussi, nourrissent son imaginaire et l’inspirent pour inventer de nouveaux jeux. Entre deux et six ans, le jeu symbolique prend de l’ampleur : les costumes de super-héros, les personnages fantastiques, les accessoires qui traînent dans la chambre transforment chaque journée en aventure, renforçant la créativité, la communication et la capacité à interagir avec les autres.
Les bénéfices concrets des jeux d’imitation sur le développement de votre enfant
Le jeu d’imitation agit comme un accélérateur d’apprentissages. Quand un enfant s’empare d’un tablier pour cuisiner ou vend des légumes imaginaires, il met en route ses capacités cognitives. Il observe, analyse, adapte ce qu’il a vu. Les scénarios de cuisine, de magasin ou d’ateliers bricolage sollicitent sa mémoire, l’invitent à relever de petits défis et font appel à la pensée symbolique dès l’âge de 18 à 24 mois.
Sur le plan social, ces jeux servent de terrain d’entraînement. L’enfant se glisse dans la peau d’un parent, d’un commerçant, d’un super-héros, et découvre peu à peu les règles qui régissent les échanges. Il apprend à patienter, à négocier, à écouter les autres, à gérer de premiers conflits. Les interactions avec d’autres enfants ou avec les adultes enrichissent le langage, multiplient les échanges et renforcent la compréhension des émotions.
Ces activités développent aussi la motricité fine. Prendre de petits objets, enfiler un costume, servir un repas fictif, chaque geste contribue à la coordination et à l’autonomie. Sur le plan émotionnel, jouer différents rôles aide l’enfant à apprivoiser ses peurs, à explorer ses envies, à mettre à distance ses frustrations. C’est un exercice qui l’aide à mieux comprendre ce qu’il ressent, à bâtir sa personnalité et à consolider l’estime de soi.
Grandir, c’est tenter, expérimenter, se réinventer chaque jour. Et si l’imitation, tout simplement, ouvrait la voie à l’infinie palette des possibles de l’enfance ?


